Villepin est seul, on est des millions !
Les syndicalistes refusent son invitation à Matignon • La gauche dénonce les dangers de «son obstination» • L'UDF critique sa morgue • Les sarkozystes lui reprochent de «jouer avec le destin du pays» •
par Alain Auffray (avec AFP)
LIBERATION.FR : mardi 28 mars 2006 - 18:16
Pas question de retirer le CPE. C'est, aujourd'hui encore, le leitmotiv de Dominique de Villepin, tandis qu'environ deux millions de manifestants exigent dans la rue le retrait du texte. Il l'a martelé mardi matin devant les député UMP qui le pressaient de faire un geste. Il l'a répété l'après-midi à l'Assemblée nationale aux élus de l'opposition. Notamment au président du groupe socialiste Jean-Marc Ayrault qui le sommait «d'oublier» son orgueil : «Je vous le dis avec gravité, votre obstination est lourde de périls. Vous provoquez une grève nationale en plein marasme économique. Vous jetez la jeunesse dans la rue (…) Vous réveillez les feux mal éteints des banlieue (…) On ne construit pas un destin personnel contre son propre peuple.»
Seul contre tous, le Premier ministre s'est offert, dans l'hémicycle, une revanche assez dérisoire sur ses adversaires. Il a refusé de répondre aux trois premières questions, que lui ont successivement adressées le président du groupe socialiste Jean-Marc Ayrault, le communiste Jacques Brunhes et l'UDF Hervé Morin. Ce sont respectivement Jean-Louis Borloo, Gérard Larcher et Catherine Vautrin qui leur ont répondu. Le chef du gouvernement n'a daigné répondre qu'à la quatrième question, posée par le député UMP Jean Leonetti. Les députés UDF ont aussitôt quitté l'hémicycle en signe de protestation. «Le Premier ministre n'a accepté de répondre qu'à la question de l'UMP. Ce qui montre bien qu'il est dans un dialogue exclusif avec l'UMP et veut donner des gages à sa propre majorité (…) Ce n'est pas en s'entêtant que l'on gère un pays surtout lorsqu'il y a des centaines de milliers de gens qui sont dans la rue», a déclaré le porte-parole de l'UDF, François Sauvadet,
Imperturbable, Dominique de Villepin, continue de se présenter en homme de dialogue, désolé que les syndicats aient «refusé la main tendue» de son invitation à Matignon. «La République, ce n'est pas les préalables, ce n'est pas l'ultimatum», ajoute-t-il, faisant allusion à l'exigence de retrait formulée par les syndicats. Le Premier ministre répète qu'il est prêt à aménager le contrat sur deux points : «S'ils veulent s'engager dans la voie du dialogue, s'ils veulent réduire la période des deux ans, s'ils veulent prévoir un entretien à la rupture du contrat, j'y suis prêt». Pas question toutefois d'introduire une «justification au licenciement»: ce serait «dénaturer le CPE», assure-t-on de source gouvernementale.
Lors de la réunion du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy a proposé une «non application» du CPE durant les négociations avec les partenaires sociaux pour rechercher «un compromis». Cette proposition de négociations entre la décision du Conseil constitutionnel attendue jeudi et la promulgation de la loi (dans les quinze jours après la décision des Sages) a reçu le soutien «commun et unanime» des députés UMP, a affirmé le président de groupe Bernard Accoyer. Si Sarkozy n'a pas employé le mot «suspension», nombre de parlementaires, inquiets de la tournure des événements, ont voulu le comprendre ainsi. «C'est l'impasse, Villepin joue et fait la guerre. Or le destin d'un pays n'est pas un jeu et doit être traité autrement que dans une atmosphère belliqueuse», a confié un député sous couvert de l'anonymat.
Selon qu'ils sont villepiniste ou sarkozystes, les députés rendent compte en des termes sensiblement différents de leur réunion à huis clos avec le Premier ministre : le villepiniste Jean-Pierre Grand assure que Dominique de Villepin a été applaudi, le sarkozyste Dominique Paillé relate, lui, une réunion « houleuse et difficile». Le chef du gouvernement s'est éclipsé avant la fin de la réunion. Il devait accueillir, à Matignon, le roi d'Espagne Juan Carlos.