« Aucun enseignant [de LP] ne doit se sentir menacé pour lui-même ». Mais les autres, si ?
Le point n°9 est saisissant de franchise : « Aucun enseignant [de LP] ne doit se sentir menacé pour lui-même ». Mais les autres, si ?
Pour faire passer en force le bac pro en 3 ans (pourquoi pas, mais pourquoi si vite ?), on parle de recours aux départs en retraite, et sinon d'accompagnement par des « reconversions » des professeurs.
Ainsi, notre administration compte sur un certain cynisme ambiant : Si vous êtes suffisamment dociles, vous passerez personnellement entre les gouttes, mais tant pis pour les jeunes collègues qui vous suivront dans la carrière, et tant pis pour les élèves. Il suffira de ne pas songer à l'intérêt général, mais seulement à sa sauvegarde personnelle. N'est-ce pas merveilleusement dans l'air du temps ?
Par une coïncidence tout à fait dans le même air du temps, tous les LP sont simultanément invités à plancher en « conseil pédagogique » sur les « contrats d'objectifs » qu'ils se donneront afin d'être évalués à partir du « projet de performance académique ». Oh ! Pas de quoi casser deux pattes à un canard, il ne s'agit apparemment que d'une nouvelle commission Théodule, destinée à occuper les mains des enseignants dévoués.
(Dévoués, mais pas trop intelligents : à l'intention des professeurs mal comprenants, le rectorat ose envoyer un modèle-type de « contrat d'objectif », qu'il n'y a plus qu'à recopier servilement, et qui commence comme un conte de Noël, avec des points de suspension à compléter : « Le LP... est situé en zone rurale au nord du département de... . Les taux de réussite aux examens y sont satisfaisants. (...) Par ailleurs, l'alcoolisme touche de nombreux élèves. » Etc, etc !)
Dommage que les chapitres imposés de ce « Projet annuel de Performance académique » (le « PAPa », ça ne s'invente pas !) ne soient guère laissés au libre choix des équipes, mais confiés à ces « conseils pédagogiques » soumis à un rythme infernal ne permettant pas de se concerter réellement entre collègues (« projets de contrat d'objectifs » envoyés pour le 21 décembre prochain, « même si on ne sera pas prêts » confie un proviseur, puis contrat « finalisé » à la mi-février 2008, puis signé définitivement à la mi-mai ?). Pourquoi cette précipitation ?
Parce qu'au milieu de voeux pieux inoffensifs sur la réussite des élèves, leur santé, leur moyens d'action culturelle, etc, on trouve ces deux bombes à retardement, destinées à déstabiliser, sinon détruire l'enseignement professionnel :
1 / En le cannibalisant par l'apprentissage (même si un élève sur deux issu de l'apprentissage ne sera jamais professionnel dans la branche concernée, c'est une statistique trop peu connue - soit un gaspillage énorme de moyens - et lancé dans la vie sevré trop précocement de formation générale et humaniste). En langue technocratique dans le « PAPa », cela s'appelle « développer les plates-formes de formation accueillant des publics différents (statuts scolaires, apprentissage, formation continue), faciliter les mixages associant statuts scolaire et apprentissage, voire formation continue ».
Profs, vous n'avez qu'à approuver votre disparition progressive, et le sens de votre mission. Notez que c'est demandé gentiment.
2 / En ajoutant la précarisation des professeurs à celle des élèves : En effet, nos conseils pédagogiques sont invités à approuver au plus vite les « plans de reconversions » des professeurs (et oui, relisez ! page 6), et leur caporalisation accentuée : des « inspections régulières » (objectif statistique à la clé !), et surtout cette perle : « accompagner l'insertion des enseignants non titulaires ». C'est à dire débrouillez-vous pour bricoler des formations avec des collègues précaires, peut-être insuffisamment formés et motivés face aux élèves, dépourvus de toute garantie statutaire, puisqu'on diminue les postes ouverts aux concours.
Les enseignants et leurs syndicats doivent dénoncer cette mascarade de concertation, qui ne prouve que le mépris paternaliste dans lequel les professeurs sont désormais tenus, et la violence sociale qui attend nos futurs élèves, si nous laissons faire.