LIBEREZ SUZILENE !

Publié le par cgt Educ'action92

Le lycée est toujours en grève. Depuis hier nous avons faxer à la préfecture presque 3000 signatures recueillis auprès de leurs camades des autres établissements. Tout se passe dans le calme pour le moment, les élèves sont déterminés. Ils sont partis faire le tour des bahuts dans l'après-midi pour appeler au rassemblement MERCREDI 11 OCTOBRE A 15H DEVANT LA PREFECTURE DE NANTERRE, une demande d'audience a été enoyée par le RESF. Il est très important d'être nombreux et de renforcer la présence adulte
La mobilisation s'étend et la couverture médiatique aussi (Le Parisien, Europe 1 et Europe 2...)
Votre soutien est important aussi pour les personnels que pour les élèves. Ils sont déterminés et font preuve de calme et de maîtrise.
Suzilène est informée régulièrement de la situation.
Les élèves sont conscients qu'ils se bougent certes pour faire libérer leur camarade mais aussi pour tous leurs camarades qui n'ont pas de papier. Aujourd'hui un élève a reçu un refus de régularisation de la préfecture, certes sans invitation à quitter le territoire mais l'angoisse est là!
Vos messages de soutien remontent le moral de tout le monde
ci-dessous, sur la situation des élèves sans pap 2 textes qui méritent d'être lus
 
RASSEMBLEMENT
MERCREDI 11 OCTOBRE
 15H
DEVANT LA PREFECTURE DE NANTERRE


Monsieur le Préfet,

Je tiens, par la présente, à vous informer de ma visite de ce jour à
Suzilène MONTEIRO, détenue au Centre de Rétention Administratif de
l’Ile de la Cité à Paris, depuis le 29 septembre 2006.
Je me permets de vous faire part de mes impressions qui justifient et
confirment la demande pour laquelle je vous ai déjà sollicité, par
courrier en date du 6 octobre 2006, à savoir sa libération et la
régularisation de sa situation.
Cette jeune lycéenne est scolarisée depuis deux ans au lycée
professionnel de Valmy de Colombes (92). Elle vient d’obtenir son
Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) Pressing et commence le
23 octobre prochain les cours pour obtenir son Brevet d’Etudes
Professionnelles (BEP).
J’attire votre attention sur le fait que cette jeune fille est
parfaitement intégrée à la République Française. En effet, elle parle
correctement le français et a des projets d’avenir, comme toute jeune
fille de son âge.
Je tiens une nouvelle fois à vous rappeler que, dans son pays
d’origine, le Cap-Vert, Suzilène n’a de liens qu’avec sa grand-mère
qui est âgée de 83 ans. Mais, vous savez qu’aucun lien de parenté ne
remplace celui de la mère car l’affection et l’amour maternels sont
indispensables à la formation de l’identité d’un individu, bien
entendu quand ces liens sont possibles, ce qui est le cas pour
Suzilène et sa mère, Madame MONTEIRO.
Depuis son arrivé en France, en 2003, elle vit avec sa mère et elle
s’est reconstruit une vie. Suzilène a besoin d’être auprès de sa mère
qui réside en France et qui, le mois prochain, va se marier avec un
ressortissant européen. Suzilène a besoin de retrouver une vie de
famille calme et sereine avec sa mère, son petit frère et son beau-père.
J’en appelle à votre pouvoir discrétionnaire et à votre humanité afin
de libérer cette jeune fille et de régulariser sa situation afin
qu’elle poursuive sa scolarité.
J’espère que vous répondrez favorablement à ma demande et à celle de
toutes les personnes qui se mobilisent pour Suzilène MONTEIRO et
notamment, les 400 élèves de son lycée qui aujourd’hui ont fait grève
pour aller distribuer, dans les établissements voisins, des pétitions
pour la soutenir.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’assurance de ma considération
distinguée.

Jean DESESSARD
Sénateur de Paris Vert




1942-2006 : réflexions sur un parallèle contesté

La répression de l'immigration illégale telle qu'elle est conduite
par le Ministre de l'Intérieur et les divers procédés qu'elle met en
oeuvre ­opérations « coup de poing » dans les quartiers habités par
les migrants, contrôles au faciès, interpellation des enfants dans les
écoles, convocations-pièges au guichet des préfectures- évoquent
inévitablement, aux yeux de certains de nos concitoyens, les années
noires de 1940-1944 et le sombre souvenir des persécutions antisémites.

 Bien entendu, sitôt que ce parallèle est explicitement énoncé, les
protestations fusent pour souligner son caractère incongru. Les deux
situations n'auraient, assure-t-on, rien de comparable, et leur seul
rapprochement serait une insulte à la mémoire des victimes de
l'extermination.

 Voire... Assurément, il existe entre les deux épisodes des différences
considérables, et il serait absurde de les nier. Cependant, sitôt qu'on
cherche à les cerner de façon précise, il apparaît qu'elles tiennent
presque exclusivement au rôle des occupants allemands : terriblement
présents et actifs en 1942, ils ont ­fort heureusement- disparu en 2006.
En revanche, si l'on considère le comportement des autorités
françaises, les similitudes sont manifestes.

 En premier lieu, la présence de certaines personnes sur notre sol est
constituée en « problème », et tous les esprits « raisonnables »
s'accordent pour estimer que ce problème exige une solution. En 1940, une
large fraction de l'opinion, débordant de très loin les frontières de
l'extrême-droite, reconnaissait la réalité d'une « question juive
» en France, même si des divergences profondes existaient quant aux
réponses à lui apporter. De même, de la droite à la gauche, nos
dirigeants proclament d'une même voix que l'immigration illégale met
en péril nos équilibres sociaux et notre identité, et qu'il faut donc
la refouler, les désaccords ne portant que sur la méthode.

 En second lieu, les solutions envisagées passent toutes par l'expulsion
partielle ou totale des personnes jugées indésirables. En 1942, cette
expulsion prend la forme d'une livraison aux autorités occupantes. En
2006, les intéressés sont renvoyés dans des pays dont certains sont
soumis à des dictatures impitoyables, dont d'autres sont ravagés par la
guerre civile, dont tous sont marqués par le sous-développement, le
sous-emploi et la pauvreté. Bien entendu, le résultat final est
infiniment moins tragique aujourd'hui qu'hier, mais ce qui est
caractéristique, c'est que, dans les deux cas, l'administration
française se désintéresse entièrement de ce résultat : littéralement,
ce n'est plus son affaire. On a soutenu qu'en 1942 les autorités
françaises ignoraient le sort réservé aux Juifs par les nazis :
peut-être, mais leur ignorance même était le résultat d'une décision
réfléchie : elles ne voulaient pas le savoir. Il en est exactement de
même aujourd'hui : ce qui compte pour le gouvernement, c'est de se
débarrasser des hommes, des femmes et des enfants concernés ; sitôt la
frontière franchie, il ne s'estime plus responsable de rien et les
abandonne à leur destin en toute indifférence.

 Pour expulser les gens, il faut d'abord s'assurer de leur personne.
Nous retrouvons ici la gamme des procédés que j'évoquais en
commençant. C'est que dans ce domaine les analogies résultent de la
nature des choses ; la chasse à l'homme, surtout lorsqu'elle est
assortie d'objectifs chiffrés, implique l'utilisation d'un certain
nombre de techniques : rafles, convocations-pièges, interpellation des
enfants dans les écoles, internement administratif. Quelles que soient les
populations ciblées, le recours à ces techniques est inéluctable dès
lors qu'on prétend à l'efficacité. Il faut d'ailleurs admettre
que, sur ce point, le Ministre de l'Intérieur n'a guère innové par
rapport à ses prédécesseurs de l'époque de Vichy et de la guerre
d'Algérie et la police française n'a eu qu'à puiser dans ses
archives pour retrouver les bonnes vieilles méthodes.

 En quatrième lieu, la mise en oeuvre de la répression et les dérives qui
l'accompagnent suscitent inévitablement des protestations de caractère
moral ou humanitaire. Face à ces protestations, la riposte des
responsables est la même, en 2006 comme en 1942, et elle est double :
d'un côté, les autorités, nous disent-elles, ne font qu'appliquer la
loi, et les protestataires s'entendent reprocher leur incivisme. Par
ailleurs, pour désarmer les oppositions, les autorités introduisent des
distinctions  à l'intérieur de la population frappée par la
répression. En 1942, le gouvernement de Vichy déclarait séparer le cas
des Juifs français, dont il prétendait vouloir sauver au moins la vie, de
celui des Juifs étrangers, livrés pieds et poings liés à l'occupant.
De même aujourd'hui, Maître Arno Klarsfeld, l'ineffable médiateur
promu par le Ministre de l'Intérieur, insiste sur l'opportunité
d'opérer un tri, une sélection, entre les familles qui ont des attaches
avec la France et celles qui n'en ont pas, l'expulsion de ces
dernières n'appelant aucune objection de sa part.

 Entre 1942 et 2006, les éléments de continuité sont donc nombreux, et il
est d'autant plus légitime de les mettre en évidence que, comme les
historiens l'ont aujourd'hui démontré, la politique anti-juive du
gouvernement de Vichy ne lui a nullement été dictée ni imposée par
l'occupant, même si elle comblait ses voeux. C'est d'eux-mêmes et
spontanément que le gouvernement, l'administration et la police de Vichy
ont offert et apporté leur concours aux autorités allemandes, notamment
sous le prétexte proclamé de préserver la souveraineté de l'Etat sur
le territoire national : ils ne sauraient donc excuser leur conduite au nom
de la contrainte ou de la « force majeure ». La comparaison est donc
légitime avec la politique présente, dont l'origine « française »
n'est pas discutée.

 Si les événements suivent leur cours actuel, il est vraisemblable que les
analogies iront jusqu'à leur terme et que, dans trente ou quarante ans,
des cérémonies de repentance seront organisées pour déplorer et
désavouer la politique d'immigration pratiquée actuellement. Plutôt
que d'attendre un tel dénouement, ne serait-il pas préférable de
renforcer dès aujourd'hui la résistance à cette politique, en
attendant d'y mettre fin dès que l'évolution de l'opinion le
permettra ?

Emmanuel Terray
Cedetim/Cmil (Cercle Migrations et Liberté)
Octobre 2006

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