Au lycée Ravel, le proviseur ne veut voir qu’une seule tête

Publié le par CGT Educ'action 92

 L’inscription en terminale d’un élève est remise en cause. Ses torts ? Avoir participé au blocage de l’établissement parisien pendant le mouvement lycéen.

L’école est-elle seulement le lieu de l’apprentissage des savoirs ? Ou a-t-elle également pour but de former à la citoyenneté ? En cette période d’examens, la question aurait aisément pu être posée aux bacheliers. Et en l’espèce, le cas de Tristan Sadeghi est un bon cas d’étude. Hier matin, une large mobilisation d’une centaine de personnes avait lieu devant le rectorat de Paris afin de demander l’inscription de ce lycéen de première économique et sociale en terminale. Trois jours avant les épreuves de français, il a appris que le proviseur du lycée Maurice-Ravel (Paris, 20e arrondissement) conditionnait sa réinscription à un engagement écrit « à ne plus participer à des actions de blocage du lycée », explique Hossein, son père. Bon élève, selon ses professeurs, Tristan n’a jamais été l’objet de rappels à l’ordre disciplinaires.

DES MENACES INADMISSIBLES

Ce qui cloche donc, pour le proviseur, c’est bien l’engagement de ce lycéen contre les réformes Darcos. Et, en l’occurrence, son mode opératoire. « Depuis l’an dernier, le proviseur intimide ceux qui se mobilisent. Il a été voir les lycéens de seconde, plus influençables, en les menaçant de ne pas les inscrire dans la filière qu’ils souhaitaient ou tout simplement de ne pas les reprendre s’ils poursuivaient le mouvement », explique Tristan. Autre ficelle employée par le proviseur : faire croire que les jeunes bloqueurs n’étaient pas représentatifs de la majorité. Rien que du très classique. « C’est représentatif du contexte de criminalisation de la contestation sociale. Une manière de dire aux copains : faites attention à vous, regardez ce qui est arrivé à Tristan », analyse le lycéen, dont l’intelligence a été de ne pas céder à la peur mais d’en faire un cas d’école politique.

Pour Danielle Simonet, conseillère de Paris (Parti de gauche), cette affaire est à mettre en lien avec les velléités gouvernementales en faveur d’une plus grande autonomie des établissements et donc vers l’affaiblissement de la « démocratie lycéenne ». Selon Amar Bellal (PCF), qui est également enseignant à Gagny, l’histoire de Tristan n’est pas une « bévue ». « On cherche à faire des petits soldats du système. Pour beaucoup d’élèves, la mobilisation a pris des allures d’apprentissage de la citoyenneté. Et la réponse a parfois été violente, même contre des « pioupious » qui faisaient le barrage avec des guitares. À Gagny, on a envoyé des Robocops munis de matraques et de gaz lacrymogène contre eux pour en finir avec le blocage ! »

UNE DéCISION INFONDée

Une petite délégation a finalement été reçue par l’inspecteur d’académie au cours de la mobilisation. Afin de ne pas désavouer le proviseur, l’inspecteur lui a remis les clés de la décision. « Nous pensons qu’il sera obligé de reconnaître que sa décision était infondée ! » clame Danielle Simonet dans le mégaphone estampé d’un autocollant « Casse-toi pauv’ con ». Michaël, un camarade de classe, qui a également participé aux blocages, souligne le ridicule de la situation : « Comment aurait-il pu bloquer à lui seul un lycée de 1 200 élèves ? » Et une blondinette de le suivre : « Dans ce cas-là, c’est aux 200 lycéens qui ont participé qu’il faut remettre une sanction. »

Lina Sankari


source l'humanité.fr
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