« Réformes » Darcos : le collège est aussi dans le collimateur
Dans l’arsenal de ce que Darcos appelle ses ¨réformes¨, on sent deux cibles privilégiées : le premier degré avec la réforme des programmes et le changement de nature des évaluations et les lycées avec la réforme des lycées et la généralisation du Bac professionnel en trois ans.
Le collège semble donc, pour l’instant, le grand absent. Que l’on se rassure, il n’est pas oublié et fait même l’objet d’une stratégie d’encerclement.
Côté pile : tout le monde descend d’un cran
Si l’on envisage de concert les réformes du lycée et du bac professionnel, on s’aperçoit que l’une des motivations du ministre pourrait bien être de faire reculer certains d’une case.
Expliquons-nous : tout consiste à se débrouiller pour qu’un certain nombre d’élèves finissent par se trouver dans une filière leur permettant d’obtenir un diplôme moins qualifiant que celui auquel ils avaient droit jusqu’alors.
Attention, il ne s’agit pas pour nous d’enfourcher le pas des tenants de la division du travail : nous ne pensons pas qu’une formation manuelle serait moins qualifiante qu’une formation réputée plus intellectuelle. C’est le système capitaliste qui a institué cette division du travail. Nous combattons évidemment cette école qui classe par ordre d’importance, l’enseignement général, puis l’enseignement technique, enfin l’enseignement professionnel. Mais nous exposons ici le point de vue du ministre et de ses partisans.
Les élèves de BEP qui obtenaient leur diplôme sans trop de marge vont se retrouver désormais en CAP, puisque les BEP vont disparaître du paysage et que, dès cette rentrée, nombre de LP ont ouvert des formations de CAP, y compris en transformant les classes de CAP d’insertion en CAP classique. Or, du CAP au Bac professionnel, point de passerelle possible, c’est donc moins de qualification.
Cela correspond parfaitement aux enquêtes de l’OCDE : pour les pays capitalistes développés d’Europe de l’ouest, il faut des emplois peu ou pas qualifiés.
Au bout d’un temps que le ministre veut le plus court possible, la formation en Bac professionnel en trois ans, laissant de côté des élèves qui n’y réussissent pas, se verra capable d’en absorber d’autres, jugés plus « performants» , par exemple ceux que certains tenants de « L’école de la République » voyaient d’un mauvais œil arriver au lycée, pour lesquels on optait souvent pour la réorientation. En clair, les élèves les moins performants des secondes pourraient se retrouver plus en verve dans les sections de Bac professionnel en trois ans.
Sous prétexte d'en finir avec la filiarisation, la réforme des lycées de Darcos, bien au contraire amplifie ce phénomène. Qui pourra choisir l'option maths ou l'option physique-chimie s'il y a trop de candidats? Sur quels critères se fera le tri? Poser la question c'est déjà y répondre.
Tout cela se fait pour éviter complètement la promotion collective. Pourtant la même OCDE n'avait pu empêcher, en dévoilant les résultats de son évaluation jugeant les systèmes éducatifs européens, que les plus performants — dans l'ordre la Norvège, la Finlande et la Suède — étaient aussi ceux dans lesquels le tronc commun allait le plus loin: collège unique et lycée unique jusqu'au bac.
Coté face : une fenêtre d'éjection
Lorsque Fillon était ministre de l'éducation nationale, il y a quelques années, il a commis une loi de sinistre mémoire et inventé le concept de socle commun, une espèce de SMIC culturel. Ce qui se passe en ce moment permet d'éclairer les motivations de Fillon et de ses successeurs.
La mort programmée des évaluations CE2 et sixième fut la suite logique. Elles constituaient des évaluations de fin de cycle et elles étaient diagnostiques : leur but était de constater et de relever les erreurs les plus souvent commises.
Elles sont désormais remplacées par des évaluations en CE1et en CM2 avec un changement total de programme. Les évaluations sont désormais sommatives : une sorte de couperet, l'élève ne doit pas être en dessous de la marge. Les instructions du ministère relayées par les inspecteurs sont claires : un élève qui n'aura pas atteint le niveau du socle commun à l'évaluation CM2 verra "son avenir scolaire compromis" (orientation en cinquième).
Tout le monde a maintenant bien compris que cette évaluation CM2 pourrait bien se transformer si l'on n'y prend garde en un examen d'entrée en sixième, permettant d'orienter par l’échec les élèves les plus en difficulté.
Au milieu : le collège unique
Voilà donc un processus dont on peut penser qu'il est destiné à vider le collège de ses éléments les moins « performants » : en cinquième vers l'apprentissage et en troisième vers les CAP. Le couperet "socle commun" en CM2 pourrait bien se retrouver en fin de troisième. Le tronc commun pour ceux qui peuvent suivre, il suffisait d'y penser.
C'est donc bien le collège unique qui est l'une des cibles de Darcos, qui compte s'appuyer sur les dissensions qui existent au sein des enseignants sur sa pertinence afin de le faire passer à la trappe. Son but est donc de profiler le système public d’éducation comme une machine à fabriquer de la main d’œuvre à la fois peu qualifiée et très qualifiée.