Généralisation Bac Pro 3 ans : expression du SDEN CGT 92

Publié le par CGT Educ'action 92

La généralisation du Bac Pro 3 ans : une réforme dangereuse à plus d’un titre.

 

Tout d’abord, il est utile de rappeler que cette généralisation a été décidée l’année dernière (décembre 2007) sur la base d’un protocole de discussion signé des seuls Sgen CFDT, Snetaa, Snalc et SE UNSA sans aucune évaluation réelle du dispositif expérimental mis en place 4 ans plutôt.

 

A l’origine, la création du Bac Pro 3 ans avait été présentée comme un élargissement de l’offre de formation destinée à des élèves de 3ème générale ayant un bon niveau scolaire, souhaitant suivre une formation plus concrète mais jugée trop longue par rapport au lycée général ou technologique. Tout cela aurait pour effet de tirer vers le haut l’enseignement professionnel et contribuerait à sa revalorisation.

Autant dire aujourd’hui que ce discours n’est plus à l’ordre du jour. Les enseignants qui ont participé à cette expérimentation peuvent légitimement se sentir floués par la duplicité et le cynisme du ministère.

 

En effet, la généralisation du Bac pro 3 ans se fait en lieu et place du BEP 2 ans et du Bac Pro 2 ans.

Ne nous voilons pas la face, l’objectif principal de cette réforme, c’est la volonté de faire des économies grâce à une année d’étude en moins pour des élèves qui devront faire mieux en moins de temps.

Economies ? Faut-il rappeler que, depuis quelques années, dans le discours politique, l’Education est passée du stade de « richesse potentielle » à celui de « coût » pour être considérée plus récemment comme un « déficit ».

Si on parle chiffre la scolarité annuelle d’un élève coûte environ 4500 euros pour un élève de lycée général et plus de 13 000 euros pour un élève en lycée professionnel industriel. Le calcul est donc simple.

A cela s’ajoute la nécessité de faire face aux réductions de postes dans l’Education nationale : 11 200 pour la rentrée 2008, 13 500 pour celle de 2009 avec en point de mire  la suppression de 60 000 postes cumulés à l’horizon 2012.

 

Cette généralisation est dangereuse car elle est plaquée sur les établissements et les formations sans tenir compte des réalités de terrain et des publics concernés.

Pourquoi jusqu’à maintenant une formation en 4 ans pour atteindre le Bac ? En général, les enseignants de lycée professionnel considèrent la première année de BEP comme une année de reconstruction des élèves, de remise en confiance dans leurs capacités.

Qu’en sera-t-il avec la mise en place du Bac Pro 3 ans, d’autant que le rythme d’apprentissage sera nécessairement plus soutenu ?

 

Ne soyons pas dupes non plus. Tous les élèves orientés en lycée professionnel à la sortie de la 3ème n’intègreront pas le Bac pro 3 ans. Une partie de ceux qui entraient en BEP iront en CAP avec de très faibles perspectives de poursuites d’études. Une fois de plus, ce sont encore les publics les plus fragiles scolairement qui font les frais de cette réforme en multipliant pour eux les obstacles faisant de leur scolarité un véritable parcours du combattant.

 

Cette généralisation est dangereuse car elle se fait dans un contexte de non choix pour les équipes pédagogiques qui sont informées dans le pire des cas par le Conseil pédagogique et au mieux consultées lors des Conseils d’Administration. Les personnels peuvent éventuellement y faire des propositions alternatives mais de toute façon la décision finale reviendra aux recteurs. L’édifice est donc bien verrouillé.

A cela s’ajoute la crainte de voir disparaître des formations dans les établissements lorsqu’il y a un BEP sans Bac Pro associé en cas de refus du Bac pro 3 ans par les personnels.

La nécessité ensuite d’obtenir un habile équilibre entre Bac pro 3 ans et CAP afin de ne pas engendrer une rivalité enseignement professionnel contre enseignement général clôt le dispositif.

 

Cette généralisation instaure de fait une mise en concurrence des établissements pour conserver voire récupérer une filière de formation aux dépens d’un établissement du même bassin ou voisin géographiquement.

Cette concurrence favoriserait à terme la création d’entités ultra spécialisées dans un domaine professionnel. C’est la disparition d’un service public d’Education de proximité pour les usagers.

Un cadre juridique existe déjà : le lycée des Métiers qui, d’après la circulaire rectorale préparant la rentrée scolaire 2009-10, « offre de bonnes opportunités » pour « diversifier les modalités d’accès au diplôme » y compris en développant l’apprentissage d’autant que « certains métiers se prêtent naturellement à l’apprentissage » (BTP, hôtellerie/restauration, mécanique/réparation auto).

 

Pour toutes ces raisons, nous réaffirmons les principes de la CGT :

 

-          POUR la diversification de l’offre de formation sous statut scolaire (Bac pro 3 ans, BEP, Bac pro 2 ans, CAP) en tenant compte de la diversité des publics accueillis et avec de réelles possibilités de passerelles entre les formations. Cette offre de formation doit permettre de vraies possibilités de poursuites d’études y compris supérieures,

-          POUR  un service public d’Education de proximité,

-          CONTRE l’abaissement des niveaux de formation et de qualification

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