Lettre de lycéens, vrais citoyens ! et de "vrais" étudiants ?

Publié le par cgt Educ'action92

De vrais citoyens!


Lettre à nos parents                                Arras le 24 mars 2006

Chère Maman, cher Papa,

Depuis quelques semaines, avec un grand nombre de mes copains et de mes copines, mais aussi avec d’autres jeunes des autres lycées, je demande le retrait du CPE. Au début, je ne savais pas très bien ce qu’était le CPE mais maintenant je suis sûr-e que ce contrat première embauche va me nuire pendant des années.

Sur nos pancartes, il est inscrit « jetable », savez vous qu’un employeur aura la possibilité de me licencier à n’importe quel moment, par une simple lettre et sans explication à fournir.

Sur nos pancartes, il est inscrit « exploitable », comment  me sera-t-il possible de refuser, de dire Non, de réclamer ou de simplement parler franchement, puisque la porte sera toujours entrouverte pour me mettre dehors. Il me sera impossible de demander une augmentation de salaire, ou des améliorations de mes conditions de travail. Il me sera impossible de revendiquer ou de signer la moindre pétition, c’est terrible.

Toi Maman et toi Papa, dans ton entreprise, tu es considéré-e. Moi avec un CPE, je serais pendant deux ans voire plus, absent-es des effectifs. Je n’aurai pas le droit de vote pour les élections professionnelles ni pour les Prud’hommes. Pire, si je travaille dans une entreprise avec un comité d’entreprise, mon salaire ne sera pas inclus dans le calcul de la masse salariale. C'est-à-dire que je vais là encore pénaliser les autres salariés.

Avec le CPE, le licenciement ne donne pas droit à une indemnité basée sur un pourcentage du salaire pendant les six premiers mois. Avec le CPE quand on est licencié, on touche d’abord une prime de 8% des salaires perçus ( CDD 10%) et 480€ pendant deux mois puis plus rien, et encore, il faut quatre mois de présence. Et entre deux  CPE, la période ne peut être inférieure à 2 mois.

Dans ce cas, vous comprendrez que je serais encore à la maison pendant quelques années, et j’espère que vous accepterez de m’accueillir même si cela n’était pas prévu. De même si je veux acheter une voiture, il faudra que vous vous portiez caution et de payer les traites du crédit si je suis licencié-e même si le motif est intolérable et « bidon ». Pourtant, les fins de mois sont difficiles et les factures de plus en plus lourdes.
Le CPE est un des articles d’une Loi, c’est la Loi Borloo sur l’égalité des chances. Drôle de nom pour une Loi qui divise et qui rend les salariés-es jeunes inégaux  face aux autres, les plus de 27 ans et 11 mois. Dans cette Loi, d’autres articles ; le contrat emploi senior qui est un CPE mais pour ceux de 56 à 59 ans. Il y a aussi le retour du travail des enfants à 14 ans dans l’apprentissage et pire encore le retour de la possibilité de travailler de nuit à partir de l’âge de 15 ans. Et plein d’autres mesures menaçantes sont dans cette Loi.

Ma chère maman, mon cher Papa, la situation est grave. Avec la mise en place de cette Loi, c’est tout le Droit du et au Travail qui est remis en cause. Ils ont commencé par la jeunesse, mais la suite rapide sera la remise en cause de tout le Code du Travail et des Statuts. C’est la remise en cause de votre  CDI.

La lutte que je mène aujourd’hui, c’est pour toi maman et pour toi papa, et peut être que vous ne le saviez pas. La jeunesse a montré l’exemple de son courage et de sa détermination, pourquoi pas vous ?

Mardi 28 mars, les syndicats de salariés, d’étudiants, de lycéens, appellent à la grève partout et à venir manifester. Je souhaite que toi Maman, toi Papa, que Mamie et Papy, vous m’accompagniez pour être encore plus nombreux et montrer des familles unis et solidaires face à l’arbitraire et à la régression sociale.

Alors faites la grève et rendez vous tous ensemble le mardi 28 mars à 14h00 place de la gare d’Arras.

La jeunesse est face à un danger et elle a réagit, elle n’a pas été écoutée, aux parents de réagir. Dites le à vos amis et vos collègues.

Voilà, vous savez tout. Alors, Maman, Papa, je compte sur vous pour m’aider et me sauver des griffes de l’injustice sociale anti-jeune. Et même si sur ordre, les proviseurs envoient des lettres, si les professeurs principaux menacent par téléphone, sachez que nous ne sommes pas paresseux-se, mais que nous sommes en lutte pour notre avenir, alors que le leur est bien assuré et qu’ils n’ont rien à perdre d’autre que leur dignité.

Votre enfant qui vous embrasse très fort. 

 
Texte des lycéens en lutte d’Arras : de Carnot, de Gambetta, de Robespierre, de Guy Mollet, de Savary, de Jules Ferry, de Le Caron, du Lycée Agricole.





Les vrais étudiants ?

Je vous envoie ce message plutôt que de le laisser passer sous silence, dans un pays qui croit qu'il fonctionne encore selon des règles parfaitement démocratiques.
Une jeune étudiante nous y donne des informations d'actualité, désespérée de pouvoir prendre la parole ailleurs, pour rétablir la vérité sur ce que sont en train de devenir les libertés fondamentales de chacun d'entre nous, en tant que citoyen d'une République démocratique.
J'espère que vous lui accorderez deux minutes de votre temps, et que vous le ferez suivre vous aussi à un maximum de personnes.
Merci.

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"Je sais que pour la plupart vous n'en avez rien à faire et que vous ne vous sentez pas concernés. Mais c'est important pour nous étudiants en Fac.
Je vous écris pour vous demander d'apporter votre soutien aux étudiants qui se trouvent pris en otage, par les manifestations actuelles, mais aussi pour vous exposer la réalité de notre situation, qui est bien loin de celle que les médias déforment, comme à leur habitude.
 
Je suis étudiante en master de droit des affaires à Paris X Nanterre, et je suis révoltée face au blocus des universités.
 
Premièrement il faut rétablir la vérité : la majorité des étudiants sont contre ce blocus ; sauf que nous subissons des menaces et des intimidations, alors peu d'entre nous osent prendre la parole. De plus, les médias font preuve d'une véritable manipulation dans leurs reportages, et oublient bien souvent de mentionner les moyens totalement anti-démocratiques utilisés par ces manifestants.
 
Tout d'abord, les assemblées générales qui ont été diffusées à la télévision ne sont qu'une mascarade : ainsi lorsque le résultat d'une première AG avait donné le NON au blocus majoritaire, dès le lendemain une seconde AG était organisée, par une minorité de manifestants, pour revoter illégitimement le blocus, ne respectant pas la décision précédente de la majorité réelle des étudiants.
 
Ensuite, l'AG de jeudi dernier, qui réunissait le plus grand nombre d'étudiants, a été un véritable scandale : nous étions majoritaires contre le blocus, alors ils nous ont d'abord imposé 3 heures de faux débats (avec temps de parole inégal donné à des intervenants "autorisés" parce qu'ils étaient à 90% partisans du blocus). Ils ont alors mené une véritable propagande anti-gouvernementale hors du sujet du CPE, en énonçant par exemple des aberrations telles que de dire que le CPE faciliterait le licenciement des femmes enceintes, ou permettrait de licencier pour une tenue vestimentaire non conforme en dehors
des horaires de travail...
 
Le problème c'est que la plupart des jeunes (non juristes) prennent ces affirmations pour parole d'évangile!!!
 
D'autre part, pendant cette assemblée, la sécurité a laissé circuler des individus manifestement menaçants, qui portaient des foulards cachant leur visage.
 
Enfin le vote s'est effectué à main levée, avec la participation de gens qui, pour la plupart, ne sont absolument pas étudiants, mais sont des syndicalistes ou d'autres personnes extérieures appelées en renfort ! Nous étions 2000, dont seuls 750 ont voté pour le blocus... Et on a quand même déclaré que nous avions voté oui au blocus !!!
 
Mais le plus grave ce sont les intimidations et la violence de ces gens, que les médias ne dénoncent pas. Jeudi et vendredi, lorsque des étudiants ont voulu entrer dans leur faculté, des bagarres ont éclaté et ils ont été repoussés à coups de barres de fer ! Une jeune fille a même été poussée dans les escaliers, par des représentants de l'UNEF, et elle a été sérieusement blessée. Mais, là encore, personne n'en dit rien dans les médias et on tourne en dérision ceux qui veulent s'opposer au blocage des universités, en légitimant toute cette violence par le droit de grève !?
 
Enfin lorsque les manifestants étaient minoritaires, face aux vrais étudiants qui voulaient accéder aux cours, il a été fait appel à des lycéens de Nanterre, qui sont arrivés en masse en poussant des cris ! Ces jeunes n'étaient là que pour nous intimider et n'ont trouvé rien de mieux que de se prendre en photo avec leurs portables devant l'université, en nous narguant et en chahutant, révélant ainsi leurs motivations réelles !!!...
 
C'est donc UN APPEL A L'AIDE que je vous adresse, pour les vrais étudiants qui veulent voir respecter leur droit à l'éducation, et leur droit de ne pas faire grève s'ils veulent assister aux cours. Les dirigeants de notre université étant démissionnaires, et les médias refusant de prendre en compte notre témoignage, je vous sollicite donc pour nous aider à rétablir la vérité et pour que l'Université française redevienne un lieu où les libertés individuelles puissent s'exercer, à l'abri de la violence et des propagandes mensongères.
 
Je vous remercie de votre attention et d'essayer de diffuser au maximum ce message.
 
Sophie"



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Publié dans cgteducaction92

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